Le renoncement..un chemin vers la paix intérieure, la sérénité

                                                             

Chemin de sagesse, le renoncement,dont le but ultime est de tendre vers plus de liberté donc de sérénité, reste un acte volontaire de notre conscience. La philosophie du renoncement tend à nous éloigner de la souffrance, des pensées ou des émotions négatives qui perturbent notre quotidien. Le détachement  de ce qui nous pollue chaque jour - nos dépendances, nos pulsions, nos souvenirs, les paroles ou les actes d'autrui-, n'est certes pas un exercice aisé mais nous pouvons l'atteindre par des exercices quotidiens de méditation, d'écriture ou de lecture, pour que nos pensées s'orientent vers une analyse pertinente de notre vie et de nos dépendances.

Christian Bodin : « le renoncement est le fruit de tout apprentissage »,

Albert Camus : « l’œuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à raisonner le concret»,

Freud : « la conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions ». 

Pour les épicuriens,

Il y a trois sortes de désirs. Les désirs naturels nécessaires à la vie qui doivent être satisfaits, les désirs naturels et non nécessaires dont nous pouvons nous passer, mais qui peuvent être satisfaits en s’assurant qu’ils n’engendrent aucune souffrance. Et enfin, les désirs non naturels et non nécessaires, source de contrariété que sont, les honneurs, le pouvoir, les richesses, l’ambition, la gloire, le luxe, qui ne sont jamais assouvis malgré leur satisfaction et qui de fait, engendrent toujours plus de souffrance. Renoncer à ces désirs vains nous conduirait donc à la sérénité.

                                     « celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien. »,

                                     « quand on se suffit à soi-même, on arrive à posséder ce bien inestimable qu’est la liberté ».

 Pour les Stoiciens,

Seul le renoncement à ce qui ne dépend pas de notre volonté permet d'accéder au bonheur. Vivre en accord avec la nature et la raison nous permettrait donc d'atteindre la sagesse, base de notre bonheur. "rester stoîque à la douleur", fuir les passions nous épargnerait de la souffrance.

 Pour les boudhistes,

Le renoncement est un état d’esprit  où l'exercice du lâcher-prise permet de s'apaiser et d'être en paix avec soi-même.

Boudha renonça à tout ce qu'il possédait pour s'éveiller à la spiritualité et ainsi découvrir les 3 racines du mal : la jalousie, l'ignorance et la haine. Pour atteindre l'état d'éveil et renoncer à tout ce qui peut entraver cet éveil seul le renoncement nous permettrait d'atteindre cette réalité ultime, le nirvana. Pour les boudhistes, l'impersonnalité de soi, l'impermanence de la vie et  l'insatisfaction face aux désirs insatiables des êtres ne peut conduire qu'au renoncement pour atteindre le nirvana.

 Selon l’enseignement du bouddhisme, certains « êtres d’éveil » sont des bouddhas en sursis, par compassion pour leurs semblables, ils retardent leur entrée dans le nirvana pour veiller sur les hommes, dont l'action bienfaisante se fait sentir dans le monde spirituel

Sans devenir boudhiste, épicurien, stoicien ou tout autre philosophe, chacun peut pratiquer le renoncement ouvrir sa conscience et empreinter un chemin de sagesse et de liberté.

 Etre un être de conscience c'est en premier lieu apprendre à dire NON, apprendre à renoncer et à assumer des choix qui ne sont pas nécessairement les choix que l'on nous impose. Etre un être de conscience c'est aussi orienter ses choix pour ne pas reproduire ses souffrances, vivre dans le présent tel qu'il est aujourd'hui et que je transformerais demain, c'est analyser nos frustrations pour les restituer à leur juste place, celles que notre société a organisé pour nous, celles que notre famille ou nos amis nous imposent. Etre un être de conscience c'est regarder avec lucidité, amour mais aussi pardon les souffrances que l'on nous fait subir au sein même de notre couple, famille ou amis, pour les écarter et ne pas les laisser nous atteindre..c'est aussi cela le renoncement. Garder sa liberté dans cette capacité à prendre ou à laisser sans détruire mais en ne permettant pas notre propre destruction. Le renoncement reste un choix de conscience, un choix assumé.

La prise de conscience est une porte ouverte à l'éveil, au respect des autres et de soi-même.

N’est-il pas souhaitable pour chacun de renoncer aux causes des souffrances : jalousie, haine, désir, possession, avidité, attachement, répulsion... , tout ce qui éloigne de l’essence même de la vie ?

Lorsque de l'assujettissement aux désirs extérieurs dépend notre bien-être, cela nous conduit inéluctablement sur le chemin de la frustration et de l'insatisfaction. Alors qu'initialement, la satisfaction de ces désirs extérieurs flattait notre "égo" ou notre narcissisme, il devient très vite notre propre prison . Dans cette course effreinée après ce que nous n'avons pas,  nous n'atteindrons jamais que l'insatisfaction et la frustration.

Dans une société du toujours plus, de la performance, du gagnant, le renoncement ne paraît pas y avoir de place. ..pourtant!

Mais le désir est pervers, car même lorsqu’il est assouvi, ce n’est qu’un répit. Il peut ressurgir tôt ou tard et engendrer une dépendance qui devient alors, un asservissement ou une addiction et non plus, une satisfaction. C’est la raison pour laquelle  nous désirons sans cesse ce que nous n’avons pas. Réprimer un désir devient alors un véritable combat et déclenche très souvent des conflits intérieurs, source de souffrance. Le plus souvent notre être de conscience s'est éloigné et nous ne devenons qu'un être de désirs//pulsions en manque d'énergie donc de résistance.

 Le renoncement n'est pas un abandon, un manque de courage, un désintérêt, il est tout le contraire de cela.  Le renoncement ne suppose pas de tout abandonner, quitter, ignorer ou cesser, ce n’est pas non plus une perte totale de ce qui nous entoure ou la perte de tout espoir.

Le renoncement c’est avant toute chose l'apprentissage de la pensée pour distinguer ce qui vaut la peine d’être conquis ou pas, pour décider volontairement de renoncer à tout ce qui nuit sans jamais renoncer à notre liberté.

Lorsque des émotions viennent perturber notre conscience, regardons les, accueillons les, observons les pour comprendre ce qui se passe au plus profond de nous-mêmes pour libérer notre pensée. Nous sommes entourés de toutes sortes de passions, attachements, répulsions ou jalousies..ce n'est qu'en libérant les émotions qui leurs sont liées que nous serons en mesure de faire évoluer notre  pensée vers un chemin réparateur et constructif.

Lorsqu’une émotion nous perturbe, en prenant le temps de l’accueillir et d’observer ce qui se passe en nous avec attention, tout se clarifie. En faisant cette pratique à chaque émotion, la clarté devient notre compagne et notre guide.  Ce qui nous met en souffrance, ce ne sont pas nos expériences, mais la façon dont nous les vivons. Tant que nous sommes dans la lutte, la résistance, le combat, nous sommes assujettis à la souffrance et cela ne nous permet pas de nous ouvrir et de lâcher prise. Lorsqu’une pensée apparaît ( peur, colère, désir, tristesse…) nous avons le pouvoir d’exercer un contrôle sur nos réactions et ainsi accepter ce que nous ne pouvons changer

Tout n’est-il pas dans la manière de prendre des « choses » et de les faire vivre?

 Le seul moyen d’être en paix avec soi-même, c’est d’accepter de ne pas pouvoir tout prévoir, de ne pouvoir se satisfaire de tout, de renoncer à nos pulsions et à notre besoin de maîtrise. Il est impossible de tout prévoir pour tout maîtriser, la vie vous démontrera toujours que ce qui arrive est ce que vous avez oublié de prévoir.  En acceptant la réalité telle qu’elle se présente, en se positionnant d'abord dans le présent , ne faire du passé qu'une référence et envisager l'avenir comme le progrès de notre présent nous sommes alors capables d' appréhender la vie dans l’accueil de tout ce qui nous arrive ; maladies, pertes d’êtres chers, séparations…Dans l'acceptation que tout est  relatif et soumis à fluctuation, que rien n’est jamais figé ni contrôlable ou maîtrisable mais est en mouvement perpétuel, nous avons acquis les bases du lâcher prise. Si l’on accepte que nous sommes soumis à la loi des causes à effets, l’accueil de ce qui nous est agréable ou désagréable quelles que soient les situations ou circonstances rencontrées, nous permet de mieux les vivre, de relativiser et peut être même de mieux nous éveiller à nous-mêmes.

Pour vivre dans la sérénité n’avons-nous pas à nous engager dans cette voie d’éveil, celle d’apprendre à renoncer à l’ignorance pour construire un avenir meilleur et renoncer à nos pulsions malsaines (haine, jalousie, possessivité… ) qui ne font qu’empoissonner notre vie ? Renoncer ne serait-il pas retrouver l'état naturel de l'humain?

 Nguyen, poète vietnamien : « Le renoncement est la racine de la joie, les passions sont les chaînes des souffrances »,

 

3 commentaires

#1 jeudi 14 février 2019 @ 10:45 Salazar Maupas a dit :

Quel article incroyable, un grand merci pour le job qui demande de l’investissement

#2 jeudi 13 décembre 2018 @ 07:48 Clara Noue a dit :

Je vous applaudie pour votre immense travail

#3 mercredi 24 septembre 2014 @ 15:43 benjamin dumas a dit :

Je trouve ça bien d'aborder ce sujet, pour l'instant les textes sérieux sur ce thème se font désirer...

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