Sociologie

Attention à ne pas passer à coté de l'essentiel (bruno Leroy)

 

Les trésors de l’âme

L’histoire raconte la légende d’une femme pauvre avec un garçonnet dans les bras, qui, passant devant une caverne, entendit une voix mystérieuse venant de l’extérieur et qui lui disait:

« Entre et prends tout ce que tu désires, mais n’oublie pas le principal.»

«Souviens-toi d’une chose: Après que tu sois sortie, la porte se refermera à tout jamais. Profite de l’opportunité, mais n’oublie pas le principal. »

La femme entra dans la caverne et trouva beaucoup de richesses. Fascinée par l’or et les bijoux, elle déposa l’enfant par terre et commença à amasser, anxieusement, tout ce qu’elle pouvait dans son tablier.

La voix mystérieuse lui rappela: « Tu as seulement huit minutes. ».

Les huit minutes épuisées, la femme chargée d’or et de pierres précieuses, courut hors de la caverne et la porte se referma. Elle se rappela alors, que le garçonnet était resté à l’intérieur, mais la porte était fermée à tout jamais.

La richesse dure peu mais le désespoir, toujours! La même chose parfois, nous arrive. Nous avons quelques 80 ans pour vivre en ce monde et toujours une voix nous rappelle : « De ne pas oublier le principal »!

Le principal, c’est les valeurs spirituelles, la foi, la vigilance, la famille, les amis, la vie. Mais l’appât du gain, la richesse, les plaisirs matériels nous fascinent tellement, que le principal reste toujours de côté…

Ainsi, nous épuisons notre temps ici-bas, et nous lissons de côté l’essentiel:

Les trésors de l’âme. Nous ne devons jamais oublier que la vie, en ce monde, passe rapidement et que la mort arrive de façon inattendue. Lorsque la porte de cette vie se refermera pour nous, les lamentations ne serviront à rien.

 

Comment se remettre d'une rupture ?

Une rupture amoureuse est une petite mort très douloureuse à vivre. Mais on peut en guérir à condition de suivre les étapes de ce deuil pour s'ouvrir à nouveau à la vie et à l'amour. Conseils et témoignages.

 
"Notre coeur se brise. Nos efforts, qu'ils soient sains ou non, ont échoué. Nous sommes rabaissés, rejetés après avoir donné le meilleur de nous-mêmes. La personne que nous aimons le plus au monde nous refuse son amour ; c'est un drame". 

Ainsi Marcel Bernier et Marie-Hélène Sicard décrivent-ils le choc de la séparation dans un livre récent "La rupture amoureuse" (éd. Eyrolles, 2017). Il faut dire que ces deux psychologues cliniciens ont souvent aidé des blessés de l'amour à soigner leur plaie. 

Ils confirment en tout cas l'intensité des émotions que l'on peut ressentir : larmes, tristesse, colère, incompréhension, soulagement, regret, révolte, jalousie, abattement... Dans les heures, les jours qui suivent une rupture, nos coeurs passent par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. 
Que faire, que dire, comment revivre demandent les plus jeunes qui voient pour la première s'éteindre une histoire d'amour ?
 

Laisser couler ses larmes, reconnaïtre sa peine

Cliquez sur l'image pour aller à la librairie.
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La première étape est toute naturelle : il est bon de laisser jaillir ses larmes, de ne pas garder en soi ce flot tumultueux, de mettre des mots sur sa souffrance et de la reconnaître

Souvent, expliquent Marcel Bernier et Marie-Hélène Sicard dans leur livre, on peut être tenté de nier la douleur pour se protéger. De fuir dans le travail, l'alcool, la drogue. Mais la douleur rejaillira quand même et vous risquez de vous faire encore plus mal. 

Il est vrai que la souffrance n'est pas très tendance. Souvent, votre entourage aussi s'évertue à nier votre chagrin à coup de paroles maladroites : "Ne te mets pas dans des états pareils, il n'en valait pas la peine", "Sors, change-toi les idées"... 
Et pourtant : "Au coeur de la peine d'amour, la reconnaissance de la douleur est un passage essentiel pour arriver à faire son deuil", expliquent les psychologues. Les larmes sont salvatrices, alors pleurez et n'ayez pas peur de dire et d'exprimer votre chagrin !
 

Exprimez toute vos émotions, confiez-vous


En même temps, ne vous enfermez pas dans votre tour d'ivoire. Vous exprimerez d'autant mieux vos émotions que vous pourrez les partager à quelqu'un
Tâchez de trouver une oreille amicale et discrète ou sinon, rejoignez un forum de discussion, ou appelez un fil d'écoute anonyme comme par exemple SOS Amitié... On le sait moins mais les conseiller(e)s conjugaux et familiaux peuvent aussi recevoir des jeunes et des célibataires. Si vous êtes très mal et que cela dure, n'hésitez pas non plus à consulter un psychologue... 

Le fait de parler à quelqu'un permet peu à peu de s'apaiser. La tristesse est toujours là, mais elle est moins vive et risque moins de vous étouffer. 
 

Stop aux souvenirs qui repassent en boucle !

Parler à quelqu'un aide aussi à ne pas ressasser indéfiniment les mêmes questions : "je ne savais pas la raison pour laquelle il me quittait, il ne me reprochait rien, je me posais tellement de questions mais pas de réponses". 

Pour ne pas vous repasser en boucle ces mêmes questions, pour échapper à la torture des souvenirs, essayez de changer un peu vos habitudes : si vous le pouvez, éliminez les objets qui vous font penser à votre ex, ne revenez pas dans les lieux où vous avez vécu des choses ensemble, changez de loisir, de lieu de détente, de décor, de groupe d'amis...
 

 

Point de vigilance 

Cependant, évitez de prendre des décisions trop importantes et de faire des choix irrémédiables tant que vous êtes sous le coup des émotions. Ce n'est pas dans la tempête que l'on peut faire le point tranquillement. 

Ne changez pas de job, de filière d'études, ne partez pas en voyage à l'autre bout du monde de façon impulsive, mais poursuivez le cours de votre vie et laissez s'apaiser peu à peu le tumulte de votre coeur. Vous pourrez ensuite vous ouvrir à de nouveaux chemins.
 

C'est fini : ne cherchez plus à reconquérir votre ex...

Comment se remettre d'une rupture ?
L'une des premières étapes de la guérison est donc d'admettre la rupture... et par conséquent de renoncer à recoller les morceaux de la relation. La nostalgie des bons moments vécus ensemble mêlée à l'espoir de le ou de la reconquérir vous garde dans le trouble. Vous regardez sans cesse en arrière, ce qui ne vous aide pas avancer. Si vous avez été quitté(e), il faut aussi accepter ce grand sentiment de perte de contrôle, voire d'injustice que vous ressentez. 

"Le réalisme est la première étape à franchir, explique Isabelle Nicolas, conseillère conjugale. C'est dans cette phase que l'on fait son deuil du couple que l'on a formé. Il faut y renoncer, accepter de changer de statut pour revenir au concret, à la réalité". 

Acceptez donc de vous retrouver seul(e), encore célibataire et sans amoureux(se). C'est bien sûr un peu dur mais cela vous redonne aussi une liberté qu'il faut savoir goûter. Parfois d'ailleurs, c'est le manque de liberté qui a provoqué la rupture : "Elle m'étouffait, je n'étais pas mûr pour une vie de couple, je voulais profiter de ma vie d'étudiant célibataire", reconnaît Johann. 

Et d'ailleurs, votre couple, votre chéri(e) était-il si extraordinaire ? Le retour au réel est aussi l'occasion de prendre du recul. Ne l'avez-vous pas un peu idéalisé ? "Beaucoup de jeunes pensent qu'il(elle) était romantique, amoureux(se) mais sans aucune véritable preuve de leur partenaire, les mots n'ayant jamais été dits ouvertement", explique Isabelle Nicolas. C'est le moment de porter un regard plus objectif sur celui que vous avez aimé et la relation que vous avez eue. Vous arriverez ainsi plus facilement à vous dire que c'est bien fini.
 

Apprendre à mieux se connaître, gagner en maturité affective

La rupture est une blessure affective qui peut parfois réveiller chez certains des blessures d'enfance et des craintes anciennes. 

"Les personnes qui ont souffert (dans leur enfance) du sentiment d'abandon sont les plus affectées par les ruptures", expliquent Marcel Bernier et Marie-Hélène Simard. Ceux qui ont été moqués ou humiliés et manquent de confiance en eux peuvent aussi se sentir très dévalués par la rupture ou l'abandon. 

Si les séparations se répètent et que vous souffrez beaucoup, c'est l'occasion de réfléchir à vos fragilités, peut-être avec l'aide d'un psychologue. Au passage, certains comprennent aussi mieux leur responsabilité dans la rupture. Vous pouvez alors tirer du positif de votre expérience amoureuse "ratée" : apprendre à mieux vous connaître, comprendre ce que vous attendez de l'amour, ce qui fonctionne et ce qu'il vous faut changer. 

Au final, vous pouvez en sortir plus mûr(e) et mieux armé pour réussir une autre histoire d'amour !
 

Rédécouvrir les joies de l'amitié


Puis vient le temps de cicatriser, de s'ouvrir à nouveau à la vie. On peut ainsi redécouvrir les joies de l'amitié : prendre du temps pour soi, pour ses amis. Damien, 20 ans, confie "que c'est le meilleur moyen de passer à autre chose. Je sors avec mes copains, on se fait des virées entre mecs dans des bars ou des restaurants, parfois il nous arrive même de faire du sport". 

"Il est important d'être entouré, confirme Isabelle Nicolas. C'est un processus qui permet de se rendre compte que l'on peut encore s'amuser. Cela permet de retrouver une motivation parfois perdue". 

Mais les amis ne permettent pas seulement de s'amuser ou de se distraire. L'amitié, si elle est authentique et profonde, est aussi un vrai lieu de relation, de confiance, de complicité, d'échange et d'affection. Avoir des projets (voyage, action) avec de vrais amis vous permet ainsi de vous reconstruire prudemment, avant de vous relancer dans une nouvelle relation amoureuse. En amitié, vous réapprenez à donner et à recevoir, à discuter, à vous confier, à accepter les autres comme ils sont et même, à être fidèle.
 

Repartir de l'avant pour retrouver confiance en soi

Comment se remettre d'une rupture ?
"Une autre étape essentielle, explique Isabelle Nicolas, est de retrouver l'estime de soi. Fixez-vous un objectif nouveau à atteindre. Cela peut concerner vos études comme un sport. Une activité qui vous prouve que vous pouvez très facilement réussir sans elle (lui)". 

Et pourquoi ce challenge ? Tout simplement parce que la blessure affective peut avoir atteint l'image que vous avez de vous-même et votre capital confiance. "Je suis nulle", "je ne suis pas assez bien pour être aimé", "je n'arriverai jamais à intéresser quelqu'un", etc. 

Pour chasser ces idées noires, plutôt que de vous jeter dans les bras du ou de la première venue, trouvez une activité qui vous aide à aller de l'avant, et qui montre que vous regorgez de qualités encore inexploitées. Caroline, 21 ans, a tout changé de son mode de vie : "J'ai eu une rupture assez difficile avec un garçon avec lequel je suis restée un an. Lorsque ça c'est terminé, je me suis rendu compte que ma vie actuelle ne me plaisait pas. J'ai quitté la fac et j'ai travaillé les concours pour intégrer Science Po. J'étais super fière de moi lorsque j'ai vu que j'étais prise. Je n'ai aucun regret". 

"Elle a coupé les ponts du jour au lendemain et ne m'avait plus donné de nouvelles depuis 4 mois, témoigne Philippe. Pendant tout ce temps j'espérais recevoir une réponse... et puis finalement, je me suis rendu compte que ça me faisait beaucoup plus de bien de ne plus rien savoir d'elle. ça m'a permis d'avancer, je me suis impliqué dans mon boulot, dans d'autres activités (sport, guitare, sortie) et j'ai même repris un peu mes études de maths"...
 

 

Les erreurs à éviter 

Se recaser à tout prix : une "relation Kleenex" ne vous apportera rien d'autre qu'une baisse de l'estime de vous-même. Au contraire, "apprenez à vous respecter et à vous faire respecter", dit Isabelle Nicolas. Profitez de ce temps de "célibat" pour réfléchir à ce que vous attendez de l'amour et de la vie. 

Idéaliser la personne qui vous a quitté, en pensant qu'en continuant à l'aimer, elle reviendra vers nous. Chose qui, dans la plupart des cas, ne marche pas et qui fait encore plus souffrir. 

Vouloir se venger. Généralement cela nous retombe sur le bout du nez, car la vengeance nous garde tourné vers le passé, ce qui avive la blessure au lieu de la guérir. 

Essayez de la (le) rendre jaloux. Si la personne vous a quitté, ça n'a aucune efficacité. Et là encore, cela vous empêche de tourner la page et d'aller de l'avant. Vous savez à présent ce qu'il vous reste à faire pour vous sortir de ce passage douloureux. (Lisez Pourquoi est-on jaloux ? ) 

 
 

Un amour sans rupture, c'est possible ?

La rupture guérie, vous êtes prêt pour une nouvelle aventure. C'est alors peut-être le moment d'analyser le chemin parcouru et de tirer parti des erreurs passées. Le moment surtout de réfléchir à votre projet de vie. 

"Pour bâtir un couple durable, le sentiment amoureux, même très fort, ne peut suffire, explique Isabelle Nicolas. Il faut bâtir un projet en commun et s'engager ensemble à le réaliser"... 

Alors, que voulez-vous vivre ? Et que ne voulez-vous plus revivre ? Si vous le savez, alors votre rupture pourrait bien vous avoir appris à mieux vous connaître. Un grand pas pour bâtir un projet de couple qui dure. 

 

Les Addictions ( Potentiel Infini)

D’une manière ou d’une autre, nous sommes tous concernés par les addictions, et pas seulement les fans de drogue ou d'alcool. D’où viennent donc les addictions ? Quelle est leur base psychologique et comment s’en libérer ?

Image result for image de l'addictionPour écrire cet article je me suis inspirée de Gabor Mate, médecin canadien, qui a parlé d’addictions sur TEDxRio.

Gabor Mate travaillait avec des centaines de personnes qui vivaient dans la dépendance de la drogue. Il voyait la souffrance de ceux qui détruisaient leurs corps et leurs vies.

Le médecin souligne que pour comprendre la dépendance nous devons arrêter de nous poser la question « qu’est-ce qui ne va pas avec la drogue ? » et commencer à nous demander « qu’est-ce qui est bien dans la drogue ? ». En d'autres termes, quel sont les avantages pour la personne qui vit dans la dépendance de la drogue ?

Une telle approche est très cohérente et nous ramène aux principes du coaching. Tous les comportements, même ceux jugés destructeurs dans leur apparence, et qui se manifestent dans notre vie de temps à autre, ont un but précis. Nous y puisons des bénéfices bien spécifiques. Dans le cas contraire, nous n’aurions pas ces attitudes et comportements. Il suffit de penser à toutes ces personnes qui vivent avec les maladies, et qui, souvent,  « extorquent » à leurs proches de l’attention, de la tendresse, leur présence…

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Quels sont les avantages d’une personne sous la dépendance de la drogue ? Entre autres :

  • l’absence de douleur,
  • un sentiment de paix profonde,
  • un sentiment de contrôle.

La question la plus importante est : pourquoi les personnes qui vivent dans la dépendance manquent-t-elles de ces éléments dans leur vie ? D'où vient la douleur qui les pousse à chercher le soulagement dans la drogue ?

Si une personne vit dans la souffrance, elle cherche à l'oublier. Elle ne veut pas se rappeler qui elle est vraiment. Elle désire s’échapper, être soulagée. Elle cherche une solution simple et rapide.

Aveuglée par sa douleur, il lui est impossible d’entrevoir de quelconques perspectives, et encore moins d’envisager, qu’à long terme, la drogue est la pire des solutions possibles à ses problèmes. La drogue lui apporte un soulagement rapide et puissant, mais cet effet positif est malheureusement de courte durée. Et cet effet est le principal facteur de la motivation de ses actions.

Gabor Mate dans sa conférence indique trois choses, desquelles les gens nourrissent la plus grande peur : la mort, le regard des autres et notre propre conscience.

Quelqu'un avec une faible estime de soi risque ne pas être satisfait de sa vie, et par conséquent, de ne pas s’accepter soi-même. À ce moment, se manifeste la peur d'être seul à seul avec son esprit et il préfère fuir plutôt que d’affronter cette peur.

Les personnes qui se sentent faibles cherchent une compensation et ont recours aux médicaments et aux drogues, tant la douleur existentielle est insupportable. La vérité est telle que chacun de nous est dépendant de quelque chose. Peu importe que la plupart de ces choses ne soit pas officiellement appelée « drogue » – la cause et le schéma de la dépendance sont exactement les mêmes.

Le médecin canadien nous raconte qu’il a vécu lui-même une dépendance. La dépendance au travail et à la musique. Il passait des heures au travail, achetait beaucoup et écoutait des CD de musique classique, au point d’en négliger sa vie et sa famille.

Sa définition de la dépendance est la suivante : l’addiction est tout comportement qui procure un soulagement/apaisement temporaire et un plaisir temporaire. Mais qui entraine à long terme des dommages et des conséquences négatives. Malgré ces conséquences, la personne concernée se trouve dans l’incapacité d'arrêter ces comportements.

Dans cette perspective, nous pouvons distinguer les addictions suivantes :
  • travail,
  • nourriture,
  • sexe,
  • jeux de hasard,
  • relations toxiques,
  • argent,
  • shopping,
  • TV, internet, jeux sur l’ordi.

Je t’invite maintenant à examiner si tu es accro à quelque chose ? Est-ce que tu cherches à fuir ta vie quotidienne et ses difficultés en t’investissant dans une activité spécifique ?

Souviens-toi qu'il n'y a rien de mal à utiliser les choses qui sont à notre disposition, en profiter ou s’investir dans une activité que tu aimes et quand tu en a envie.  Il faut juste se poser la question si tu les gardes sous ton contrôle ? Dans l'affirmatif, tout va bien. Toutefois, si tu le fais par habitude, pour te sentir soulagé ou pour te sentir quelqu’un d’autre, il y a un risque que ce comportement ne soit pas complètement sous ton contrôleEs-tu prêt à considérer ce comportement comme une addiction. ? Es-tu prêt à t’en libérer ?

J'aime beaucoup la métaphore bouddhique d’un esprit affamé, citée dans la conférence, d’ailleurs. C'est l’idée d’une bête (un esprit) avec un énorme ventre, vide en permanence, et une toute petite bouche. La bête se retrouve donc dans l’incapacité de se rassasier. Elle a besoin de toujours plus.Beaucoup d'entre nous vit exactement de la même manière.

En même temps, quand nous regardons quelqu’un sous influence de la drogue dans la rue, il nous est très facile de le juger – sans doute parce que nous voyons en lui un écho de nous-même, une image qui ne nous plaît pas. Nous rejetons d’office cette personne juste pour préserver notre estime, tout en oubliant que nous-mêmes, nous luttons avec des nombreuses addictions cachées.

À la fin, j'ai préparé un petit exercice qui pourrait aider à passer la première étape sur chemin de la libération de la dépendance. Bien sûr, il s'agit d'un processus approprié à l’addiction légèrecachée, pas celles de l’alcool ou de drogues dures.

1. Je t’invite à analyser tes éventuelles addictions. Quels sont tes comportements qui ne sont pas totalement sous ton contrôle ? Vers quoi fuis-tu lorsque tu passes une mauvaise journée ?

2. Examine d'où viennent ces addictions. Qu’est-ce qui manque dans ta vie au point que tu aies besoin, par exemple, de stimulants, de t'asseoir devant la télé, de jouer ou de faire des escapades shopping ? S’agit-t-il de paix de l'esprit, d’un sentiment de contrôle, d’amusement, d’oubli ?

3. Je t’invite à écrire des moyens pour enrichir ta vie avec des éléments que tu as découvert dans le point 2. Que ce soit des moyens constructifs, « sains », qui te procurent un effet positif et à long terme, pas seulement dans une perspective à court terme. Par exemple, comment tu peux retrouver la paix de l'esprit autrement qu'en restant devant la télé ?

4. Sur base de cette liste de moyens, tu peux planifier les premières actions, qui te guideront vers la libération des dépendances. Que puis-je faire à la place de jouer, à la place de faire du shopping ?; etc…

Je te souhaite une maîtrise consciente de toi-même et l'indépendance de toute sorte d’addictions. La liberté est une chose merveilleuse !

La victimisation personnelle : une maladie du 21ème siècle ? (Jean-Baptiste)

La victimisation, comprise ici commeune tendance à l’apitoiement sur son sort, est l’un des blocages psychologiques les plus importants que nous puissions affronter en tant qu’individus.

Quand un obstacle survient, entraînant remise en question et prise de conscience de nos limites matérielle à un moment T, nous tendons en effet très souvent à adopter un point de vue négatif, reposant sur un certain degré de fatalisme et de pessimisme.

L’échec impacte toujours notre état d’esprit, nous ne pouvons le nier.

Mais alors même que certaines personnes le conçoivent comme une source de motivation, un moyen de mettre en lumière nos faiblesses et par conséquent la route à suivre pour atteindre ses objectifs, d’autres sombrent dans le déni et finissent par se fermer à leur environnement.

Cette réaction est commune.

La victimisation personnelle est en quelque sorte un refus d’assumer les conséquences de nos choix, de nos actes.

Elle résulte d’une frustration, d’une blessure de l’ego somme toute compréhensible, mais largement néfaste au moment où nous devrions lâcher prise et apprendre à relativiser l’importance des situations rencontrées.

Pire, il semblerait que la victimisation soit addictive, qu’elle nous permette de trouver des excuses justifiant nos carences et nos manquements, fussent-ils involontaires.

L’article du jour a une finalité très simple : en finir avec cette attitude qui voudrait que nous nous érigions en entités incapables de reprendre le contrôle de notre vie, ayant la sensation que le monde entier est contre nous, et que dans ces conditions, évoluer relève du miracle.

Quoi que l’on puisse penser, ces croyances sont erronées, limitatives.

Nous avons tous l’aptitude à ouvrir les yeux, à stimuler notre motivation, et ce même si le fait de sortir de notre zone de confort comporte des risques.

Nous tomberons, nous échouerons, nous ferons parfois face à de terribles désillusions… mais cela fait partie du process de l’apprentissage, des obstacles à surmonter pour atteindre l’apaisement psychologique et jouir d’une véritable satisfaction personnelle, provoquée par la fierté de ne pas baisser les armes quand l’adversité redouble d’intensité.

Comme on peut l’entendre un peu partout, perdre une bataille ne revient pas à perdre la guerre.

La victimisation est par conséquent un principe destructeur, annihilant toute volonté personnelle d’aller de l’avant et d’accepter que oui, comme tout un chacun, les aléas de notre environnement peuvent jouer en notre défaveur.

Il suffit de s’interroger sur son existence, sur les challenges du passé pour s’en rendre compte.

N’avons-nous jamais rien raté ?

Sommes-nous des moins que rien pour autant ?

Cela doit-il nous amener à nous enfermer dans un carcan isolant, fait de rancœur, de méfiance et d’aigreur ?

Est-ce de cette manière que nous vivrons plus heureux ?

Non, certainement pas.

L’objectif du jour est donc très simple : il est temps d’arrêter de nous ériger en tant que victimes et de prendre notre destin en main, car personne ne le fera pour nous !

1. La victimisation : une vérité toujours difficile à entendre

Confrontés à un environnement façonné par nos interactions sociales, nous avons tous cette image du « chevalier solitaire » luttant envers et contre tousà un moment où l’autre de notre existence.

Doués de conscience, nous restons en contact permanent avec nos émotions, nos sentiments, au point parfois de les laisser prendre le pas sur l’objectivité et notre besoin d’agir pour faire évoluer les situations qui nous sont le moins profitables.

Regard d’autruipeur du risque et du changement sont alors des freins à notre capacité à assumer qui nous sommes vraiment et nous poussent dans bien des cas à baisser les bras, par peur de ne pas être à la hauteur.

La société dans laquelle nous vivons instaure la compétitivité et l’efficacité au rang de nécessités, faisant apparaître le moindre faux pas comme bien plus important qu’il ne l’est dans les faits.

C’est précisément à ce moment que la victimisation prend le pas sur la volonté d’en découdre.

Quand on y réfléchit, on s’aperçoit même que nous semblons gagner à nous morfondre et à nous apitoyer sur notre sort.

Cela nous permet de stimuler l’empathie et l’attention d’autres membres de notre milieu.

La tristesse et l’isolement ainsi mis en exergue nous permettent d’attirer la complaisance voire la pitié de personnes reconnaissant les difficultés rencontrées, et ce même si ce sentiment s’atténuera forcément avec le temps (une personne se plaignant en permanence et incapable de repérer le moindre signe de sa responsabilité dans l’échec finira par agacer, c’est une certitude).

De plus, la victimisation justifie aussi à elle seule une volonté d’immobilismede refus du risque et de mise en action.

Les résultats subis pouvant être néfastes, l’excuse pour ne plus rien faire est toute trouvée.

En résumé, adopter cette disposition psychologique nous enferme dans une vision très manichéenne de la situation, prônant que la douleur est une preuve de notre bon droit et que nous ne sommes pas responsables de la situation.

Une question semble alors être ignorée… Où cela nous mènera-t-il, si ce n’est droit dans le mur ?

Comment développer un certain degré de confiance en soi si l’on se renferme sur soi après chaque désillusion ?

2. Victimisation et réflexion constructive

Si la victimisation est un réflexe des plus simples à adopter, de par les « bénéfices » immédiats qu’elle confère, elle est bien évidemment néfaste dans le cadre d’un raisonnement en termes de développement personnel.

On ne peut décemment espérer s’améliorer, apprendre de nos erreurs, si l’on refuse d’accepter nos faiblesses et nos limites.

Pour changer les choses, il faut parvenir à prendre conscience qu’une situation désavantageuse peut en réalité représenter un mal pour un bien.

Il suffit d’ailleurs de s’interroger concrètement sur la portée du mal ressenti et des conséquences d’un échec (quel que soit le domaine concerné par ce dernier).

Souffrirons-nous de cette erreur dans plusieurs années ?

S’enfermer sur soi même jouera-t-il en notre faveur, sur le long terme ?

Quid de notre relationnel, de notre planification pour le futur ?

Devons-nous tout laisser tomber pour une simple déconvenue ?

Admettre ses manquements, n’est-ce pas déjà apprendre et se mettre dans les meilleures dispositions pour sortir de la pénombre ?

Une véritable réflexion quant à la portée de la victimisation peut être sous-tendue par une mise en action effective.

Ainsi, il nous reviendra de nous pencher, le plus objectivement possible, surles conditions de l’apparition de la situation problématique.

Où le problème s’est-il matérialisé ?

Quelles ont été vos erreurs décisives (impulsivité, manque de connaissances, impatience, absence de réalisme au moment de la définition de l’objectif à atteindre… ) ?

Notre rôle, c’est d’une part de relativiser notre douleur (en se souvenant qu’il existe sans doute quelqu’un quelque part, dont la situation est bien pire que la nôtre), mais aussi de nous arrêter sur le concret.

Prenez donc une feuille de papier et couchez-y ces quelques questions, pour sortir du cadre de la victimisation :

  • Que puis-je concrètement apprendre du déroulement des événements ?
  • Si je devais axer ma redéfinition personnelle sur la plus importante des lacunes mises à jour, quelle serait-elle ?
  • Puis-je tirer quelque chose de positif du malheur apparent ?
  • Que puis-je faire, là, maintenant, pour me lancer dans un processus de sortie de l’état d’esprit favorisé par la victimisation ?
  • Considérer mes erreurs pour mieux me préparer aux nouveaux challenges à venir, est-ce une mauvaise chose ?

Les réponses que vous apporterez à ces questions représentent les premiers pas vers une amélioration globale, une remise en cause de la victimisation.

N’oubliez pas que nous ne sommes qu’humains, et que nous faisons tous des erreurs, c’est dans notre nature.

Le tout est de faire preuve de tolérance personnelle et de se servir de ces dernières comme tremplins au lieu d’y voir une prison nous empêchant d’évoluer comme nous le souhaiterions.

Pour renier la victimisation, nous devons donc apprendre à nous pardonner, à arrêter de nous considérer comme des machines.

La psychologie de l’individu reste fragile.

En prenant conscience des barrières qui nous éloignent encore de l’expression de l’étendue de notre potentiel, nous parviendrons petit à petit à nous en départir et à enfin vivre libérés des pressions qui pèsent sur nos épaules.

Il ne nous reste plus qu’à faire face à nos responsabilités et à nous autoriser le droit de nous accepter comme nous sommes vraiment !

Qu’en est-il pour vous ? La victimisation est-elle une disposition que vous adoptez souvent ? N’hésitez pas à venir partager votre point de vue !

Pervers narcissiques : enquête sur ces manipulateurs de l'amour (Anne grignon pour le nouvel observateur)

Le phénomène se répand au point que certains psys le qualifient de "mal du siècle"

 

Les manipulateurs de l'amour (Illustration Catherine Meurisse pour "le Nouvel Observateur")

Melody. Belle comme Audrey Hepburn. Gaie, attentive aux autres. Elle s'est pendue à 28 ans. On l'a trouvée dans la cuisine de l'appartement où elle vivait avec un homme rencontré un an plus tôt. La conséquence d'une dépression, pour les parents. Les amis savent autre chose, un scénario à peine imaginable. C'est lui qui l'a poussée au suicide. Elle allait le quitter pour un autre, alors il lui répétait qu'elle était "un monstre" et qu'il allait se suicider à cause d'elle. Un huis clos insensé, de plus en plus accusateur, et Melody s'est pendue. Elle vivait avec un manipulateur pervers. Probablement ignorait-elle tout de cette déviance. Une innocence fatale.

Toute relation toxique, bien sûr, ne conduit pas au suicide, mais le risque est là. Une prise de conscience collective affleure. On met enfin un nom sur la violence perverse dans les rapports humains. "Perversion narcissique" : l'expression est entrée dans la conversation courante. Des livres sont en kiosque dans les gares, comme celui du psychanalyste Jean-Charles Bouchoux ("les Pervers narcissiques", Eyrolles), deux fois réédité sous l'effet d'une demande croissante. Sur internet, le site SOS Pervers, ouvert en novembre dernier, reçoit plus de 1.500 visites par jour. Le savoir s'échange dans les forums de discussion.

 
 
 

Vampires affectifs

Taper "perversion narcissique" sur Google, c'est pénétrer un monde parallèle et funèbre. Des contributeurs sortis des griffes de leur tourmenteur viennent à la rescousse de novices déboussolés. Les initiés parlent de "PN". L'un des sites les plus visités s'appelle Pervertus - il est sous-titré "blog d'intérêt public" - et commence ainsi : "Ils représentent 3% de la population [bien plus selon les spécialistes, ndlr] et détruisent 90% de leur entourage. Eux, ce sont les manipulateurs pervers ou vampires affectifs. Allez-y : levez les yeux au ciel, grimacez, soupirez. Parler des manipulateurs, c'est comme parler des petits hommes verts... On vous rit au nez[...]. Et pourtant ils sont bien réels."

Le mal n'est pas nouveau mais en recrudescence express, selon Dominique Barbier, criminologue et expert psychiatre avignonnais, ami de Boris Cyrulnik, qui écrit un livre (à paraître cette année chez Odile Jacob) pour expliquer en quoi notre époque est une véritable "fabrique de pervers". Le consumérisme frénétique et l'affaiblissement de la fonction paternelle entraînent une intolérance à la frustration de plus en plus répandue. Cette immaturité serait le terreau fertile de la prédation morale et d'un rapport à l'autre de plus en plus utilitaire. "C'est le mal du siècle. Ce que j'observe est effrayant, dit le criminologue. N'importe qui peut tomber sous la coupe d'unpervers."

Relations toxiques

La perversion narcissique consiste à employer des moyens retors - en l'occurrence vampiriser et anémier son partenaire - pour combler une faille infiniment béante et un vide intérieur. Ce "vide vertigineux dans lequel tout affect semble avoir été éteint depuis l'enfance" dont parle Geneviève Reichert-Pagnard, psychiatre et victimologue, auteur en 2011 d'un ouvrage très fin sur "les Relations toxiques" (Ideo). Autant de femmes que d'hommes sont confrontés à la prédation morale au sein du couple. Ceux et celles, innombrables, qui ont ainsi subi une insidieuse altération de leur intégrité psychique racontent tous une semblable histoire.

Des débuts grandioses. Le manipulateur sent ce que l'autre attend. Il est caméléon le temps de ferrer sa proie. Dans ce piège amoureux, tout le monde tombe, car le temps de la séduction (phase 1) peut durer... des années. Le pervers sommeille avant exécution de ses noirs désirs : l'emprise (phase 2) et l'assujettissement (phase 3). Il va soumettre peu à peu son partenaire pour en prendre le contrôle. La bascule perverse advient à la faveur d'un événement qui scelle la dépendance, souvent l'arrivée d'un premier enfant. L'être exquis des débuts dévoile une dureté de ton qu'on ne lui soupçonnait pas et se révèle dans toute sa "dangereuse étrangeté", selon l'expression du délicat Paul-Claude Racamier, psychanalyse, inventeur de la notion de perversion narcissique, qui en 1987 posa les bases de cette difformité morale (1).

Serial killer psychologique

Dans le secret de la vie de couple, le manipulateur ou la manipulatrice se comporte en serial killer psychologique. Il ne veut pas que l'autre ait confiance en soi, il fait vaciller cette flamme. C'est un extincteur de vie. La joie de l'autre s'éteint peu à peu. "C'est une folie très répandue, mais personne ne la voit", dit François, qui a passé dix ans avec une prédatrice, rencontrée à l'issue de brillantes études d'ingénieur. Lui a dû déjouer bien des ruses au cours d'un divorce pénible. Car, malgré la loi de 2010 faisant du harcèlement psychologique dans le couple un délit, nombreux sont les magistrats et avocats qui ne savent pas reconnaître un manipulateur. Ils se font avoir, eux aussi, par la remarquable duplicité de ces comédiens-nés, leur angélisme apparent.

Impassible, jamais affecté par rien, même s'il prétend le contraire (seule la blessure d'orgueil le fait souffrir), le pervers narcissique fera passer pour déséquilibrée sa victime poussée à bout. Même les psys peuvent être bernés, car "le pervers offre à l'observateur l'air de la parfaite innocence", observe Marie-France Hirigoyen, qui en 1998 a popularisé la notion de harcèlement moral (2).

La révélation peut survenir après dix ou vingt ans de vie commune. Le visage véritable d'un mari ou d'une femme apparaît brutalement. C'est le syndrome Dorian Gray. Une fois la prise de conscience advenue, le partenaire, qui ressent depuis longtemps un malaise diffus, relit l'histoire commune à la lumière de ce nouveau savoir, mais le départ est retardé par la nature complexe du lien, la relation d'emprise, qui est une véritable prise de pouvoir sur l'esprit de l'autre. Etre équilibré ne garantit qu'une chose : la rémission rapide, une fois le cauchemar terminé.

"Le détraqueur porte un masque"

Pour les plus fragiles, quelques années seront nécessaires pour dépasser un véritable choc post-traumatique (une victime dit être "marquée au fer rouge"), d'autant que la séparation ne met pas fin au harcèlement quand le couple a des enfants. Continuer de se défouler sur l'ex-partenaire permet à l'agresseur d'offrir, du moins momentanément, un doux visage à sa nouvelle proie. On observe de la part du pervers divorcé un abus de procédures judiciaires.

Ce "détraqueur" porte un masque. Il est sociable, adorable, fréquentable, admirable, car la crispation morbide envers une proie unique, une seule, suffit à écluser sa compulsion destructrice. Ce double visage lui permet d'entraîner quelques proches qui, de bonne foi, vont croire en sa version des faits lorsqu'il inversera les rôles pour expliquer que c'est lui la victime. "L'ignorance, c'est 50% du problème",explique Isabelle Nazare-Aga, thérapeute cognitivo-comportementaliste, son énergique crinière blonde ondulant au rythme du feutre sur le tableau blanc.

Un séminaire démarre, ce samedi de novembre à l'aube, dans son appartement du 16e arrondissement parisien. Il y a là une dizaine de femmes et deux hommes. Une grande Danoise très amaigrie prend la parole. Son beau visage exprime la lassitude et le tourment. Elle n'arrive pas à quitter son mari qui, dans leur banlieue chic, se livre sur elle à un véritable tabassage moral. L'homme l'a coupée de tout, de ses amis, de sa famille. Elle est intelligente, sensible, perdue. On sent qu'elle pourrait tomber gravement malade.

Comment se défaire de l'emprise 

Durant ces deux jours intenses, nul retour sur des traumas passés pour expliquer la tolérance à l'insupportable, mais un échange salvateur entre hommes et femmes à qui Isabelle Nazare-Aga expose précisément la nature de l'emprise perverse et la façon de s'en défaire. La jolie et lumineuse Vanessa, documentaliste, demeurée célibataire et sans enfants car elle n'a plus jamais pu "faire confiance à nouveau", raconte : "A la maison, c'était humiliation sur humiliation. Il me disait : "Mets des chaussettes, tes pieds me dégoûtent", m'appelait "ma gorette" en pinçant le peu de graisse que j'avais. Je coulais petit à petit. Physiquement, je disparaissais. Je ne pesais plus que 40 kilos, mais comment prouver cela ? Pas de témoin. Aux yeux de tous, c'était moi la désaxée." Scénario type.

Affaibli par l'intense travail de culpabilisation mené par le manipulateur, incapable d'imaginer une malveillance qui lui est étrangère, le partenaire incrédule se dit avec indulgence que son mari ou sa femme, "c'est Dr Jekyll et Mr Hyde", frôlant de près une vérité qui lui échappe encore. Aussi brillant soit-il, l'assujetti a du mal à y voir clair. Une "main basse sur l'esprit", pour le psychanalyste Saverio Tomasella. Racamier parlait même d'un " véritable détournement d'intelligence ".

Le pervers reproche à l'autre la zizanie que lui-même s'évertue à semer. Agnès, radieuse serveuse de bar au fond du Finistère, revenue pour sa part sans difficulté à la vie à l'issue de "ce combat perdu d'avance", raconte : "On marchait dans la rue bras dessus, bras dessous ; tout allait bien. Trop bien pour lui, car, d'un seul coup, c'est comme s'il lui fallait impérieusement détruire et salir. Il me balançait une saloperie pour créer du confit et me le reprocher après." Il lui aura fallu quatre ans pour comprendre.

Alternance de maltraitance et de tendresse

Pas si facile d'y voir clair en effet. Qui a la culture psychiatrique pour faire la différence entre le pervers "tout le temps dans le calcul, tel un joueur d'échecs préparant son attaque cinq coups à l'avance" (selon Dominique Barbier) et la femme ou le mari difficile à vivre, instable, pas très à l'écoute et on en passe, mais doté d'affection réelle et - surtout - d'une capacité de remise en question de soi ? Seuls les gens avertis.

Pour ceux-là, le pervers narcissique, construit sur un stéréotype somme toute sommaire, devient plus facile à repérer. Il manie le chaud et le froid dans une subtile alternance de maltraitance et de tendresse. Quand l'autre est à bout, il regagne sa confiance. Son manque d'empathie est central. Il observe la souffrance avec indifférence. Sa gamme de sentiments est pauvre, c'est comme s'il ne disposait que d'une octave sur son piano émotionnel.

Il faut un véritable savoir pour repérer cette froideur de cœur, car feindre d'avoir une sensibilité qu'il sait inexistante fait partie de son art. Il vampirise l'autre jusqu'à l'épuiser - l'expression "se faire bouffer" prend tout son sens. Il est intensément jaloux d'une vie intérieure qu'il n'a pas. C'est un insatisfait chronique qui ne supporte pas le bien-être de l'autre. Il ne tient aucunement compte des besoins de son partenaire. Très vite, la relation s'articule autour de ses seuls désirs, situation ainsi résumée par Agnès : "Il occupait 90% de l'espace entre nous."

Ni remords ni culpabilité

Ni remords ni culpabilité. Il n'a jamais tort, ne demande pas pardon, sauf par stratégie. A travers chaque reproche infondé, calomnieux, adressé à sa victime, l'agresseur fait son autoportrait. Cela fera office d'aveu de ce qu'il est lui-même. Un aveu bien involontaire, car son système de relation repose sur le déni, qui est l'occultation d'une partie de la réalité. C'est d'ailleurs pourquoi son partenaire ressort de discussion (tentative de discussion, devrait- on dire) "avec le cerveau complètement embrouillé" - l'expression revient souvent dans les témoignages. "A devenir dingue, dit Paul, ancien journaliste du "Monde". Avec une personne normale, quand il y a un désaccord, chacun donne ses arguments, il y a un échange. Là, tu n'as prise sur rien. Ca rend fou."

Autre caractéristique majeure : sa façon de dénigrer, insidieusement. Avec des plaisanteries. Du sarcasme. Il rabaisse l'autre par petites touches. Ca n'a l'air de rien mais dans son flot de paroles passe un poison lent. "Je me sentais pire qu'une merde" ou "une sous-merde" : les témoignages sont récurrents là aussi. "Rien n'est plus 'blessable' qu'un narcissisme non pathologique attaqué par un narcissisme pervers", écrivait Paul-Claude Racamier, qui proposa cette définition : "Le mouvement pervers narcissique est une façon organisée de se défendre de toutes douleurs et contradictions internes et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d'autrui et non seulement sans peine mais avec jouissance."

Expulser en l'autre son propre chaos mental

Expulser en l'autre son propre chaos mental : cette acrobatie psychiatrique est "la" raison d'être de la perversion narcissique. Le pervers manœuvre inconsciemment pour transférer chez l'autre la psychose ou la dépression qu'il cherche à éviter.

On le reconnaîtra enfin à ce que, essentiellement préoccupé de lui-même, il est constamment dans la construction de son image. Cette obsession de paraître le mène souvent haut, dans les métiers de pouvoir et de représentation, où son bel habit social, sa brillance bien souvent, le hisse au-dessus de tout soupçon. "C'est parmi ces manipulateurs destructeurs qu'on trouve les plus grands imposteurs, mystificateurs et escrocs", dit le docteur Geneviève Reichert-Pagnard. Savoir reconnaître un pervers narcissique, c'est repérer ceux qui passent au fil de l'actualité politique, intellectuelle, artistique.

Pas de thérapie possible

Espérer un amendement, voire une guérison est généralement illusoire. "Ca n'est pas une maladie, ça ne se soigne pas. Il n'y a pas de médicament, pas de thérapie possible, dit Dominique Barbier, l'expert avignonnais. Ces gens ne sont pas demandeurs et ne consultent pas, sauf par calcul, pour donner de faux signes de bonne volonté. La problématique relève de la justice et de la police, en aucun cas de la médecine. Ce sont des salopards qui ne changeront jamais." Il n'est pas le seul thérapeute à en perdre la réserve d'usage.

Nulle mention de ce profil dans le DSM-IV, manuel de classification internationale des troubles mentaux. La notion se cherche. Pour certains, il ne faut pas craindre de parler de véritable déviance morale et de poser la question du mal, comme le fit Scott Peck, psychiatre américain. Pour d'autres, c'est une psychose sans symptômes apparents, avec une dimension paranoïaque, ou "psychose blanche", une maladie incurable. On pourrait classer le manipulateur sur une échelle de 1 à 10 selon la toxicité.

Du tyran domestique au sadique

Niveau 3, le tyran domestique, réfugié dans le déni, qui, pour ne pas sombrer, blesse l'autre involontairement ; niveau 8, le sadique qui se défoule en jouissant de la douleur morale qu'il inflige sciemment. Quoi qu'il en soit, même un "petit" PN fait de considérables dégâts. On ne gagne jamais face à lui. On ne peut que s'en aller.

Et c'est ainsi que la perversion narcissique laisse un nombre grandissant d'hommes et de femmes dans un état de sidération, une fois achevée cette leçon de ténèbres. Après inventaire du désastre, on comprend qu'à l'occasion d'une discussion sur internet où des femmes s'interrogeaient sur la rémission possible de "leur" PN, un thérapeute ait déposé cet avertissement :"Je suis psychiatre. Mais jamais je ne croiserai le fer avec un pervers narcissique."

(1) " Le Génie des origines. psychanalyse et psychoses ", Payot, 1992.

(2) " Le harcèlement moral", La Découverte / Syros, 1998.

(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 19 janvier 2012)